Le business avant la santé : une réalité ?

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Atrazine, chlorpyrifos, glyphosate : déjà entendu parlé? Ces substances ont toutes un point commun : ce sont des pesticides … épandus en très grande quantité dans les champs pour la « protection des plantes », qui se retrouvent dans notre nourriture, notre eau, nos terres et notre environnement.

Six multinationales (Syngenta, Bayer, Monsanto, Dow, Basf et Dupont) contrôlent ce secteur et se partagent un marché qui pèse cinquante milliards d’euros. A-t-on une idée des effets que ces produits chimiques peuvent avoir sur l’humain, et spécifiquement sur les enfants ?

Pesticides: vous avez dit pesticides?

J’esquisse un début de réponse : 97 % des aliments que nous consommons contiennent des traces de pesticides. Selon une enquête menée par Cash Investigation, qui a conduit une étude sur une année, les risques de contamination et de maladies dus aux pesticides sont réels et bien présents. On parle donc de malformations à la naissance, d’augmentation de cancers et même de l’autisme notamment lorsque les mères ont été soumises à des substances chimiques pendant leur grossesse. Inquiétant. Ce qui interpelle aussi, c’est l’attitude des industriels qui nient totalement la multitude d’études scientifiques certifiant que les risquent sont bien avérés.

Il faut savoir que 1868 produits dangereux pour la santé sont toujours en vente « grâce » aux multinationales. Rappelons que « dangereux » signifie potentiellement cancérigènes, perturbateurs hormonaux et reprotoxiques. Pour parler simplement, ces pesticides représentent des dangers réels quant à la santé des agriculteurs qui les utilisent, à la santé des consommateurs qui mangent 5 fruits et légumes par jour et à la santé de nos enfants dont leurs écoles sont parfois à proximité des champs dans lesquels sont épandus ces produits !

Le discours des industriels est opaque et tourne en boucle : ils affirment que lorsque les précautions d’usage sont respectées pour l’utilisation de leurs produits, il ne devrait pas y avoir d’effets secondaires. Alors une question se pose : pourquoi parmi les 50 produits de Bayer qui sont réputés dangereux, 6 ont été retirés du marché français ? Et pourquoi le chlorpyrifos devrait être interdit dans les prochains mois aux Etats-Unis et en France ?

Lorsque le CIRC (le centre de recherche sur le cancer de l’OMS) classe le glyphosate comme probablement cancérigène pour l’homme, Monsanto n’hésite pas à parler de « science-poubelle ». La majorité des industriels réfutent des études complètes menées par des scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme …

Le point de vue des organisations internationales

Sommes-nous donc vraiment en train de nous affoler pour rien ? Allons voir du côté de l’Organisation mondiale de la santé. Ils nous disent que : « Les pesticides extrêmement dangereux peuvent avoir des effets toxiques aigus et/ou chroniques, en particulier chez les enfants. L’utilisation généralisée des pesticides entraîne des problèmes de santé et des décès dans de nombreuses régions du monde, souvent en raison d’une exposition sur le lieu de travail ou d’une intoxication accidentelle ou intentionnelle. »

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture n’est guère plus rassurante : « Une proportion remarquable de pesticides toujours utilisés dans le monde, peuvent être considérés comme extrêmement dangereux, car ils présentent une toxicité aiguë, des effets toxiques chroniques même à des niveaux d’exposition très bas ou parce que, par exemple, ils persistent longuement dans l’environnement ou dans les organismes. »

Qu’en est-il aujourd’hui en Suisse ?

Les nouvelles ne sont pas vraiment réjouissantes. En mars 2015, le CIRC classe le glyphosate comme « cancérogène probable ». Depuis cette date, le débat fait rage au parlement européen quant à l’avenir du produit et de son utilisation. Quant au Conseil fédéral, il ne veut pas interdire le produit qui, rappelons-le, est vendu à quelque 300 tonnes par an. En mai 2015, Migros et Coop ont annoncé le retrait de ce produit suivant le principe de précaution. La Fédération romande des consommateurs (FRC), Greenpeace Suisse et les Médecins en faveur de l’environnement (MfE) ont déposé une pétition à Berne le 4 février 2016 ; elle vise à « Interdire le glyphosate maintenant ! ».

Mais depuis des mois, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) campe sur ses positions : «Sur la base des données aujourd’hui disponibles et des nombreuses évaluations effectuées par des organes scientifiques pertinents», l’OFAG affirme que «les résidus de glyphosate provenant de l’utilisation de ce produit comme produit phytosanitaire sont inoffensifs pour la population».

À l’heure où la Commission européenne doit se prononcer sur « l’avenir » et sur l’utilisation du glyphosate, espérons que les commissaires prendront les « bonnes décisions », celles qui visent le respect des agriculteurs, des consommateurs, de nos enfants et également de notre terre. À l’instar des acteurs de la grande distribution suisse, appliquons le principe de précaution et demandons à nos autorités d’interdire cette substance !

 

Pour aller plus loin :

3 réflexions au sujet de « Le business avant la santé : une réalité ? »

  1. Gérald Bouillaud

    Certaines personnes ne sont pas conscientes ou ne le veulent pas face aux conséquences désastreuses des pesticides sur notre santé. Même les autres produits chimiques utilisés dans l’agriculture et l’élevage. La plupart du temps, on est fixé sur l’objectif de produire le maximum sans penser aux conséquences à long terme.

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  2. Gaëlle Pizzotti-Pécoud

    Le marché des pesticides représente 50 milliards d’euros! Tout est dit ou presque. Est-il utile de préciser que les lobbys sont super puissants?
    La bataille pour une prise de conscience plus respectueuse de l’environnement sera encore longue… La commission européenne qui devait statuer sur le futur du gyphosate hier a décidé d’ajourner le vote, car les commissaires ne veulent pas être « le méchant de l’histoire au regard des citoyens européens »! Sans commentaire… http://bit.ly/1WGhZek

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  3. Gaëlle Pizzotti-Pécoud

    Sachant que l’Union européenne doit quand même se prononcer sur le renouvellement de l’homologation du glyphosate (après 3 renvois de son vote),voici un article paru dans le magazine « Terre et Nature » qui présente de façon complète les enjeux liés à ce sujet « hautement émotionnel »: http://bit.ly/28KHMQN

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